
dimanche 7 juin 09
Je le passe dans ma belle famille pour la fête des mères, si bien que quand nous rentrons à 21h, je n'ai fait aucun sac, ni même essayé ma remorque : je suis furieux après moi, la semaine m'a filé entre les doigts. La soirée sera productive, la nuit sera courte
Lundi 8 juin 09
La Motte-Servolex -> Seez ( à 2km de Bourg St Maurice ), 122,82 km ; Moy 17 km/h ; 7h12 ; Dénivelé 1264m
A 8h05, avec 5 minutes de retard sur le programme initial, je laisse Aurélie avec un pincement au c%u0153ur qui doit être réciproque mais que nous dissimulons l'un à l'autre. J'ai du mal à réaliser : il y a 15 jours j'étais sur un bateau sur la grande barrière de corail à réaliser 11 plongées sous-marine au milieu des requins, des tortues, des coraux et de milliers de poissons exotiques lors de notre voyage de noces ( un grand Merci encore à tous ceux qui ont participé à ce cadeau ) et maintenant je roule en direction de 2 des plus grosses falaises d'Europe pour les sauter en BASE jump, tout est donc possible ? Pour ceux qui ne me connaissent pas vraiment, je ne suis qu'un saisonnier l'hiver, un intérimaire le reste de l'année qui enchaîne petits boulots ou courts CDD, je n'ai pas de fortune personnel, je ne suis pas inscrit aux ASSEDIC durant ces virées, mais j'arrive à mener une Vie exceptionnelle : tout est donc possible !
Je m'éloigne progressivement de Chambéry et après une trentaine de kilomètres, je me fais rattraper par un cycliste aussi équipé qu'affûté à en voir son vélo et ses muscles saillant. Il se met à mon niveau et me lance :
« vous venez de loin ? »
Avec ma remorque qui est une troisième roue supportant une sacoche de chaque côté, plus les 5 autres sacoches qui entourent mon vélo, ma réponse « de la Motte-Servolex » doit le décevoir et il raccélère sans autre complément d'information. Bizarre. D'un autre côté, il faut bien partir de quelque part, non ?
Juste après, c'est Aurélien, le commercial, qui m'appelle me confirmant qu'il ne m'a pas oublié. Effectivement, samedi en essayant de monter ma tente, une des deux pièces principales de l'armature s'est brisée ! Petit stress, mais en 1 heure le problème est résolu par l'intermédiaire d'Intersport. Nous nous retrouvons donc à l'heure convenu pour l'échange de tente : « j'adore quand un plan se déroule sans accrocs ! ». Petit détour par chez la grand-mère paternelle d'Aurélie et je reprends la route pour arriver au plus tôt chez David, mon ex-pilote de véhicule blindé de l'armée, qui habite toujours du côté de Bourg St Maurice bien qu'il travaille sur cordes la semaine à Lyon. J'ai hâte de le revoir. Nos chemins depuis nos départs de l'armée se sont recroisés plusieurs fois et nos parcours sont un peu similaires : 5 ans à l'armée, puis travaux sur cordes, une saison en station de sports d'hiver et une copine sur Lyon pas vraiment fan de vivre en montagne... ça me rappelle quelqu'un, lol ! C'est aussi avec lui que j'avais tenté d'atteindre le Mont Blanc sur trois jours via les Dômes de Miage, puis l'aiguille de Bionnassay avant que le mauvais temps nous rattrape au Dôme du Goûter, nous forçant à faire demi-tour. Le poids du vélo, autour de 50kg, la route qui monte inexorablement et le manque d'entraînement me feront arriver sur les coups de 19h - les pauses ont été longues ! -. Bonne soirée. Merci David !
Mardi 9 juin 09
Seez -> Col du petit St Bernard -> Vallée d'Aoste ; 111,33km ; Moy 15,8km ; 7h02 ; Dénivelé 1582m
6h, il pleut des cordes. Je me recouche pour me relever à 8h. Bonne décision car le ciel semble vouloir se déchirer et à 9h30 au moment de me mettre en route, il ne pleut plus. Pour basculer en Italie, je vais devoir franchir le Col du petit St Bernard à 2208m. Parti de 900m, le calcul est vite fait et les 28km qui me sépare du col seront couverts en 4h, à 8,5 km/h de moyenne : c'est long, mais ça passe en adaptant un rythme continu, peu soutenu. La descente de l'autre côté s'avère moins ludique qu'espérée : la remorque plus le poids du vélo rendent l'engin difficilement man%u0153uvrable et je ne peux m'abandonner à l'ivresse d'une descente pourtant bien méritée. Le faux plat descendant du fond de vallée est, contrairement à l'habitude, plus accueilli comme une délivrance. Ce soir, je m'arrête dans un petit village italien au consonance encore française, Saint Vincent. La vallée d'Aoste a toujours été proche de c%u0153ur de la Savoie et on y parle encore très bien le français, ce qui m'accorde un répit d'un jour puisque je n'aligne pas 2 mots d'italien. La saison n'a pas encore commencé et le camping est fermé. Je m'installe donc dans un champ, improvisant une douche en ouvrant une vanne d'arrosage automatique : l'eau arrivant directement de la montagne, je ne crois pas avoir dépassé les 37 secondes ! Ce soir, c'est aussi l'occasion d'essayer la tente qui se révèlera facile au montage et étanche à l'orage qui en plus la malmènera pendant près d'une heure par de violentes rafales de vent.
Mercredi 10 juin 09
St Vincent -> Magenta ( à 30 km de Milan ) ; 140,21km ; Moy 19,6 km/h ; 7h07 ; Déniv 355m
Réveil peu matinal et départ sur les coups de 9h30. La tente est encore trempée et j'ai du prendre une demie heure pour sécher et nettoyer tout le vélo qui laissait déjà apparaître de multiple point de rouille : Carapace est beau comme un sous neuf ! Le début est relativement simple car la route continue de descendre en pente douce vers la plaine du Pô. Cependant, plus je descends, plus la chaleur se fait accablante et la pose de midi se fera au bord du joli lac de Vitterone. Juste avant d'arriver, je me fais rattraper par un italien qui m'explique que durant sa pose de midi qui est de 2h il réalise Aoste-Vitterone en AR tous les jours... les 2 villes étant distantes de 80 km environ, soit je me suis bien rallongé en passant par Ivrea, soit les professionnels du dopage ont trouvé un nouveau produit miracle ! Après de bonnes nouilles chinoises et une bonne sieste, le réveil musculaire est immédiat car pour remonter sur la route principale, la route monte d'une quarantaine de mètres de dénivelé à 16%. Ce qui m'attend jusqu'à Milan est déprimant : de longues routes toutes droites au milieu de rizières à perte de vue le tout dans une platitude dès plus monotone. Je baisse la tête et subit un peu sous une chaleur qui atteint les 30°C à l'ombre dans les villages traversés. Le reste du temps, sur cette bande d'asphalte noire, il n'y a pas d'arbres et donc pas d'ombre ! Je suis pris en étau entre le soleil et le bitume cuisant littéralement sur ma selle. Vers 18h, le soleil baissant un peu, le thermostat de ce four naturel décroît maintenant lentement. Je veux pédaler jusqu'à 20h mais la fraîcheur ressentie en traversant sur un pont une rivière, me pousse à faire demi-tour pour une baignade vivifiante. Basta, je ne retranspirerais pas aujourd'hui. A quelques mètres, je trouve un emplacement idéal que je dois fuir au bout de 3 minutes, assailli par les moustiques : qui dit rivière, dit rizière, dit eau stagnante...je me trouve un coin paisible 10 km plus loin sur une légère bute entre 2 champs laissés à l'abandon, mais au prix de nouvelles gouttes de sueur.
Jeudi 11 juin 09
Magenta -> un village entre Brescia et Salo ; 173,8km ; Moy 20 km/h ; 8h38 ; Déniv 423m
Mon premier soucis ce matin va être de trouver un moyen de franchir Milan et sa banlieue sans emprunter le périph local. Grâce au soleil, je tire donc grosso modo vers le Nord pendant 5 km puis je me tiens à bonne distance de Milan en vérifiant sur les panneaux indicateurs que je ne m'en rapproche pas. Vers midi, ils sont dans la direction opposé, je m'en suis pas trop mal sorti. Quand j'ai pris les villes que je devais traverser sur google map, je n'ai pas vraiment regardé les distances entre les villes, et après Milan, j'ai marqué Brescia. Me renseignant auprès d'Italiens, sur la route à suivre pour Brescia, je crois comprendre qu'elle est juste à 5 ou 50 km. En fait ce n'est pas cinque ou cinquento qu'ils m'ont dit, mais cento soit 100km ! Tout au long de cet itinéraire toujours plat mais plus urbanisé, donc plus varié pour le regard, des petits sièges espacés régulièrement, à l'ombre d'un parapluie ou d'un parasol de fortune, bordent la voie publique. S'ils sont vides, c'est qu'un automobiliste est occupé une centaine de mètres plus loin. Si ils sont occupés, vous avez parfois bien du mal à savoir si c'est un homme ou une femme qui vient de se lever pour vous faire signe de vous arrêtez. Perchées sur des talons, habillées très près du corps dans des couleurs criardes et maquillées à la truelle, ces jeunes personnes venues majoritairement d'Europe de l'Est ou d'Afrique du Nord font de la peine. A leurs mains me faisant signe de m'arrêter, je réponds au bout de plusieurs regards détournés par un coup de sonnette qui les fait sourire, probablement, pour la seule fois aujourd'hui.
Brescia est à ma surprise une très belle ville qui mérite le détour mais que nous avions écartée avec Aurélie lors d'un précédent voyage. Ses rues piétonnes et pavées sont étroites et vous mènent de place en place où des touristes attablées autour d'un verre profitent de la fraîcheur apaisante de cette fin de journée. Pas assez de bornes au compteur, je ne m'arrête que pour prendre des photos à la manière d'un touriste pressé qui savourera son voyage une fois rentré. C'est à l'opposé de la philosophie du voyageur à vélo qui va lentement pour en apprécier la beauté et qui sait prendre son temps... en théorie. Un peu honteux, je ne m'attarde pas sur cette place que j'ai mitraillée à 360° et où je n'ai pu passer inaperçu avec mon drôle d'engin.
Ce n'est qu'à la sortie de la ville que je me rends compte que je n'ai plus d'eau dans les bidons : « je vais bien trouver un truc ouvert » me dis-je. Et soudain, je réalise que cela fait bien 300 mètres que je remonte une file de voitures. Un bouchon : je tiens ma vengeance ! Revigoré par cette longue file qui s'étire sur des kilomètres, je double d'un coup de pédales appuyé BMW, Audi et autres bolides en tout genre qui sont légions dans le Nord de l'Italie. C'est trop bon, ma vitesse oscille autour des 25 km/h et je ne veux pas m'arrêter dans les quelques offices encore ouverts et qui pourraient m'offrir de l'eau. 7km de jouissance payés cash par un début de fringale une fois arrivé sur la nationale menant à Salo où le trafic a repris toute sa vigueur. La barre de céréale que j'ai ouverte ne descend pas dans cette bouche trop sèche et rien en vue sur des km ! Crétin ! Mon sauveur s'appelle Paulo Decca. La trentaine, le teint halé, il est Vénézuélien par son père, Italien par sa mère et vit dans une maison de village où il joue de la batterie en espérant que sa passion devienne son métier. « Et toi, tu en vis de ton vélo ? » « Non, pas encore, mais qui sait ? Cela peut-être une passerelle car j'ai tout le loisir de cogiter ! » C'est en gros ce que j'ai voulu dire dans mon anglais très moyen.
A côté de ce village coule une rivière canalisée dans un aqueduc légèrement surélevé. L'endroit est parfait pour s'arrêter surtout qu'il est 20h30 mais je veux aller encore plus loin, espérant camper au bord du lac de Garde que je ne vois pas encore. 9km plus loin, je bats en retraite pour retourner à l'endroit vu 40 minutes plus tôt « Décidément, ce soir, tu les accumules ! ». Au compteur s'affiche donc un beau 173,8km à 20 km/h de moyenne « Bravo champion, 1h20 plus tôt tu étais au même endroit, t'en avais 156 avec une meilleure moyenne... » Parfois, je me fatigue.
Vendredi 12 juin 08
Le village -> Pietramurata ; 80km ; Moy 17 km/h ; 4h45 ; Deniv 700m ( grosso modo car je n'ai relevé les temps que le lendemain )
Faut que j'abrège un peu, ça me prend un temps fou de bien écrire, mais en gros si je publie un livre sur ma vie, mon %u0153uvre ce sera un truc de ce genre. Dites-moi tout de suite si c'est bien ou si cela va rentrer dans la catégorie des livres remboursés par la sécu et prescrit aux insomniaques.
Pour changer, vendredi matin vélo et j'arrive au pied de la falaise vers 14h, je tombe sur des BASE jumpers italiens qui m'intègrent dans la rotation de 18h pour le premier saut... ça ne traine pas. 50 minutes de taxi, 50 minutes de marche, le coup de fil au bar en bas qui a un anémomètre et qui nous donne le vent. OK, tout bon, GO !
La paroi est énorme, je dois faire 4-5'' de chute pas plus, ouverture nickel et retour en fond de vallée. A savoir qu'à cette endroit, on peut chuter 10 à 15'' et que ceux qui sautent en wingsuit ( la combinaison chauve-souris ) arrivent au dessus de l'endroit où je me pose, à côté du bar et de la route... leur saut dure plus de 40 secondes...
« Bon, demain RDV 8h, OK ? » Ben oui, merci Marco ( l'italien qui parle français et qui m'a tout de suite intégré )
Samedi 13 juin 09
Re jump, re énorme, je ne sais pas quoi dire, les photos parlent d'elles même. Et le soir, je vais pour la première fois au camping, cela fait du bien de se laver avec une eau qui dépasse les 10°C ! Attention, je vieilli !
Pas de saut le soir, trop de vent, mais comme on est monté on se tape à faire demi-tour et je rentre au camping vers 22h30- 4h la rotation...
Dimanche 14 juin 09
Levé 5h30. Petit saut du matin, j'ai changé de groupe, je suis avec des tchèques car les italiens ont fait la fête et ne sont pas debout. En sautant à 8h, l'anticyclone étant présent, il n'y a pas de vent. Le soir, c'est plus délicat car comme ça chauffe beaucoup la journée, il y a un gros thermique entre les montagnes et le lac et cela se calme en général après 20h... en général.
Le soir, je rate la navette ! Il l'ont décalé d'une heure en espérant sauté plus tôt et rentrer plus tôt. Seul les meilleurs sauteront car il faut atteindre la route en wingsuit pour ne pas être dans les turbulences sous voile. Donc heureusement que je ne suis pas remonté.
Lundi 15 juin 09
Réveil 4h. Aujourd'hui, il n'y a pas de taxi, ceux qui restent sauter logeant sur Arco et partant d'Arco. Je préfère donc monter à pied les 1400m de déniv. En haut il y a un russe qui me donne le vent puis saute devant moi. Je branche la caméra et filme le 4ème saut : je fais en gros 8 secondes, soit 200m sur une paroi qui en compte 600m de déversante et 900m au total, on peut dire que je prends mes marques doucement. L'accélération est quand même impressionnante car on passe de 0 à 180 km/h en 7 secondes... BONNES SENSATIONS
Dans la journée, ça c'est couvert mais rien de bien méchant, je mets le réveil à 4h.
J'ai aussi décidé de ne plus tenté de sauter le soir, 1 chance sur 2 de redescendre à pied et le matin on a un peu la tête dans le... quand le réveil sonne, alors que ce saut est presque garanti, presque...
Mardi 16 juin 09
Je me suis réveillé à 3h et il y avait encore du vent et des nuages ( car pas d'étoiles, pour les gros malins qui vont me demander comment on les voie la nuit )... à 4h peu de vent mais je décide de ne pas monter, j'ai plein de choses à faire en bas comme le blog et si je monte pour rien, je vais me dire « je le savais ! ».
Donc cet aprem, je suis dans un internet café et ma vidéo est dispo sur dailymotion
http://dailymotion.virgilio.it/karvals/video/16127324
Voilà, c'est tout pour cette fois-ci.
Demain réveil 4h.
Bisous à tout le monde, à ,
Guigui |